Thriller

La peine du bourreau

Par Estelle Tharreau

 

 

Éditeur : Éditions Taurnada
Couverture  : Inconnu

 

Date de parution : Octobre 2020
Nombre de pages : 256
Prix éditeur : 9.99€
ISBN : 978-2-37258-079-3

 

Disponibilité Ebook : Oui

 

 

McCoy est « bourreau » au Texas. Après 42 ans passés dans le couloir de la mort, il reçoit la visite officieuse du Gouverneur Thompson qui doit se prononcer sur la grâce du condamné numéro 0451.
Il ne leur reste que quatre heures pour faire revivre les souvenirs de McCoy avant l’injection létale.
Quatre heures dans l’isolement de la prison de Walls.
Quatre heures pour cinq crimes qui déchaînent les passions.
Quatre heures pour ce qui pourrait être la dernière exécution de McCoy.
Quatre heures pour jouer le sort d’un homme.

Un thriller psychologique aussi troublant que fascinant : une immersion sans concession dans le couloir de la mort et ses procédures d’exécution.

Fiche éditeur

 

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Je commencerai cette chronique par un zéro pointé en ce qui concerne le résumé. Celui-ci, en effet, entraine une confusion en laissant entendre la présence de trois personnages : McCoy, le Gouverneur et le prisonnier 0451. Or, ils ne sont que deux, puisque McCoy EST le prisonnier. Sachant cela, il devient tout de suite bien plus compréhensible.

Nous plongeons dans ce roman au cœur d’un huis clos, entre les murs de la prison Huntsville Unit, dite « Walls », au Texas. Ed McCoy a travaillé toute sa vie comme gardien et bourreau dans ce couloir de la mort où sont enfermés les condamnés avant leur exécution. Mais aujourd’hui, l’homme se trouve de l’autre côté des barreaux.

L’histoire d’Ed déchaine les passions auprès de l’opinion publique. Les tensions montent en dehors des murs de la prison, à tel point que le gouverneur Thompson décide de rendre visite au prisonnier 4h avant l’heure légale d’exécution, pour tenter de comprendre son histoire et décider si oui ou non, il doit le gracier.

L’enjeu moral du récit apparait dès le premier chapitre à travers une question que je n’avais pas vraiment comprise sur le moment en raison de sa formulation plutôt bancale :

– Nick, à votre avis, quelle question doit se poser le gouverneur en ce moment même ?
– A sa place, je me demanderais s’il existe une différence fondamentale entre un assassin légal et un assassin illégal. |…] Je pense que lorsqu’il aura répondu à cette question, il saura quoi faire.

C’est au fil de la lecture que le parallèle entre le gouverneur, qui tient dans ses mains la vie de Ed, et Ed lui-même se dessine peu à peu. Le problème, c’est qu’en dehors du passage cité ci-dessus, cet enjeu moral n’est pas vraiment explicite. Nous n’avons aucune idée des pensées qui peuvent traverser le gouverneur, nous ne savons rien de son caractère, de ses aspirations ou motivations réelles. L’image que nous nous forgeons de lui se fait à travers quelques répliques et questions posées qui paraissent dans l’ensemble très décousues, pour ne pas dire carrément incohérentes.
Cette volonté de ne pas nous laisser entrevoir les pensées du gouverneur est sans doute liée à un souhait de l’autrice de maintenir jusqu’à la fin le suspense quant à sa décision finale, mais personnellement, je trouve cela très dommageable car cela fiche littéralement en l’air tout l’enjeu moral du récit.

Malgré cela j’ai, dès les premières pages, très vite été happée par le récit. Le cadre pénitentiaire est extrêmement bien documenté, donnant au récit un relief intéressant, un goût de « vrai ». La première exécution de Ed est particulièrement saisissante et on éprouve vite de l’empathie pour ce personnage. Au fil des souvenirs, qui s’enchainent à la façon d’un patchwork, nous pouvons voir se dessiner petit à petit les désillusions qui l’ont poussé à commettre ses cinq crimes.

Problème : à environ à la moitié du récit, j’ai commencé à m’ennuyer. J’avais le sentiment que tout était déjà dit, et je ne voyais pas comment il pouvait encore rester le double du nombre de mots. Le récit aurait pu être moitié plus court en ce qui concerne la vie et les motivations de Ed, que je n’aurais pas le sentiment que cela aurait forcément changé grand chose. En revanche, j’aurais aimé plus de développement pour toute la partie qui concerne l’arrestation, son procès, l’image que le public a de lui, car cette partie-là est quasiment passée sous silence. Cela m’a énormément frustré, car je n’ai pas du tout réussi à comprendre la psychologie de la foule : pourquoi ces échauffourées, pourquoi ce déchainement de violence tel que le Président en personne intervient auprès du gouverneur ?

Au niveau du style, l’histoire est fluide et se lit bien. Je noterai tout de même quelques maladresses, notamment des confusions de sujets. « Le véhicule » qui devient « elle » à la phrase suivante… Un pronom « il » qui se trouve syntaxiquement rattaché au sujet précédent « le gardien » alors que « il » est en fait un prisonnier… Sans parler du nom « McCoy » pour désigner Ed même en étant de son point de vue, alors dès les premières pages du récit il nous dit qu’il « ne serait plus que Ed 0451, puisqu’il n’existait plus que de cette manière pour les siens et le reste du monde ».

En résumé, le récit est intéressant pour la photographie du milieu carcéral américain qu’il nous offre. Il nous pousse à nous poser des questions sur la justice et nous invite à voir sous un jour nouveau toutes les petites mains, des juges aux bourreaux, qui contribuent à faire fonctionner cette machine implacable que représente la peine de mort.

Je pense que cette histoire aurait pu être pour moi un coup de cœur, vraiment. Malheureusement, je trouve qu’il manque trop de corrections de fond et de forme et j’estime que l’éditeur n’a pas suffisamment fait son travail sur ce point – sans compter le résumé brouillon qui risque de gâcher les chances du roman de trouver son public en plongeant de potentiels lecteurs dans la confusion. C’est dommage, car le roman a du potentiel.

 

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