Littérature

Lunisia – T1 : Tonnerre

Par Loïs Smes

 

 

Éditeur : Éditions Elixyria
Couverture  : Caroline Lor

 

Date de parution : Février 2020
Nombre de pages : 320
Prix éditeur : 16.90€
ISBN : 978-2-37961-158-2

 

Disponibilité Ebook : Oui

 

 

Si la vie était un film, quel rôle endosseriez-vous??

Cette question, Haze se la pose depuis toujours. Solitaire et rejetée, obligée de cacher ses véritables désirs, elle court après une légende que sa mère lui contait, enfant : Lunisia-Atlis, une fleur, pourrait tout changer et rectifier cette erreur de casting qui l’accable depuis la naissance.

Mais à vouloir défier la nature, à vouloir bouleverser sa propre genèse, il y a toujours un prix à payer.

Préparez-vous à plonger dans un thriller futuriste au scénario prodigieux… Et vous ne verrez plus jamais la Romance de la même manière.

Fiche éditeur

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Attention, cette chronique contient de nombreux spoilers en ce qui concerne l’intrigue.
Note : bien que Hase soit désigné d’abord au féminin puis au masculin dans le roman, je prendrai ici le parti de n’employer que des pronoms masculins en ce qui le concerne, partant du principe qu’on désigne toujours une personne trans par le genre auquel il ou elle s’identifie.

Ça partait bien, pourtant… au départ.

Dès les premières pages, nous faisons connaissance avec les deux personnages principaux : Haze et Chloé. Le premier est issu d’une famille riche et court après un rêve. Le second est une scientifique qui a décidé de mettre ses compétentes à son service afin de l’aider.

On sent dès le début une grande complicité, ainsi qu’une grande affection entre eux. Si grandes, que je me suis tout de suite dit qu’il n’en faudrait pas beaucoup plus pour tomber dans la romance.

Hase est un personnage tourmenté (en tout cas, sur le papier, j’y reviendrai). Un secret le ronge : il est un homme dans un corps de femme. Lorsqu’il était petit, sa mère lui racontait l’histoire de la Lunisia-Atlis, une fleur d’origine extra-terrestre. La légende affirme que cette fleur possède de nombreux pouvoirs, y compris celui de transformer un corps féminin en un corps masculin.

Je vous l’ai dit, ça partait bien. Le pitch est intéressant. Et au départ, le thème de la transidentité n’était pas trop mal traité, même si certains points me laissaient dubitative – avec notamment une manière d’appréhender les genres à laquelle je n’adhère pas et des petites phrases qui m’ont crispée. Chloé se posait des questions maladroites mais légitimes, et déclarait elle-même que l’aveu de Hase lui permettait de remettre en question ses préjugés (malheureusement, on se rendra vite compte que cette déclaration n’est pas suivie de faits). Le ressenti de Hase après l’enterrement semble tenir la route* et la scène au café japonais est touchante ; on sent que c’est un moment important pour les personnages, à la fois entre eux et dans leur acceptation de la situation. Même stylistiquement, le début du roman était intéressant, passant progressivement des pronoms féminins aux pronoms masculins au fur et à mesure que Hase accepte l’idée de s’assumer en tant qu’homme.

Puis vient le moment où Chloé apprend par Ben, leur ami commun, que Hase a subi d’importantes violences psychiatriques durant son enfance et que, pour s’en protéger, il a développé une sorte de « schizophrénie » en dissociant une identité féminine et une identité masculine. Et là, ça commence un peu à puer du luc… Pour cause : c’est traité de manière franchement bancal. C’est tellement maladroit que j’en suis arrivée à me demander s’il s’agissait réellement d’un problème au niveau de la manière de traiter le personnage, ou si c’est quelque chose de bien plus craignos, à savoir un sexisme tellement sournois qu’il en devient transphobe.

Parce que oui, malheureusement, les personnages sont incohérents, aussi bien Hase que Chloé. Leurs caractères, leurs pensées et leurs aspirations vont varier d’une scène à l’autre en fonction du point où veut les amener l’autrice. C’est assez frappant dans les « rebondissements » : on pense qu’ils ont franchi une étape, et il suffit d’une petite phrase d’un autre personnage pour les renvoyer à leur point de départ. C’est très frustrant, cela donne l’impression qu’ils n’évoluent pas, qu’ils sont toujours aussi puérils, condamnés à stagner – surtout Chloé.

Mais au-delà de ça, il y a aussi un gros problème de sexisme. Je le disais plus haut, je ne suis pas du tout d’accord avec la manière dont est abordée ici la question des genres. L’autrice nous présente ça de façon carrée, cloisonnée et surtout terriblement clichée. Comprenez : un homme c’est forcément sexy, caractériel, possessif, et ça a une grosse bite S’IL VOUS PLAIT (option pulsions bestiales incontrôlables en bonus).

A partir du moment où Hase devient Ash, c’est à dire lorsque son corps est devenu celui d’un homme, on a droit à tout un festival de clichés et de facilités scénaristiques. Alors en soi, pourquoi pas. Les clichés, ça peut être un choix. D’ailleurs, le fait que Ash ait envie de fourrer sa queue à tout va, c’est vulgaire, mais je peux l’accepter. Après tout, l’autrice nous propose une explication : le fait qu’Ash se réveille avec nouveau corps et découvre de façon soudaine la charge hormonale qui va avec.

Par contre, là où ça me pose un très gros problème, c’est la romantisation d’actes qui, tous les jours dans la vraie vie, causent d’importants traumatismes à des milliers de femmes. Ça, je ne peux tout simplement pas cautionner. J’ai abandonné le roman au moment où Chloé se réveille, pelotée par Ash. Si vous trouvez ça exagéré, sachez que c’est une agression sexuelle – certains diront même un viol. Et c’est très grave. Parce qu’à aucun moment Chloé n’a consenti à ce geste, ni avant ni pendant ; parce que la veille, elle s’est bourrée la gueule et défoncée avec des pétards (bonus banalisation des drogues) ; parce que si l’autrice était restée cohérence, Chloé aurait dû avoir une telle gueule de bois au réveil qu’elle n’aurait même pas dû comprendre ce qui était en train de lui arriver.

Alors voilà, non, se réveiller en étant pelotée, ça n’est pas romantique, et ça n’est certainement pas excitant non plus.

Tout comme se montrer jaloux et possessif n’est pas une preuve que l’on est amoureux d’une personne ; c’est au contraire la preuve qu’on ne lui fait pas confiance, voire qu’on la considère comme notre bien personnel.

Et tout comme le fait d’imposer sa tenue à une femme relève d’un comportement toxique. Une femme n’est pas une poupée, une femme n’est pas un objet !

 

En résumé, l’idée de départ était intéressante et cela aurait pu faire un bon roman, si l’autrice avait réussi à se départir des clichés et des facilités.

Pour ma part, je n’ai pas réussi à aller au bout. Je  ne peux tout simplement plus lire d’histoires qui banalisent, romantisent et même érotisent, des comportements malsains, toxiques, puants. Les féministes se battent pour que ces comportements cessent, ce n’est pas pour que, en douce, on continue à fantasmer dessus.

 

*Je dis « semble » car je ne suis pas trans, je ne peux donc pas parler au nom des concerné.e.s.

 

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