Littérature

La geste des exilés (trilogie)

Par Bettina Nordet

 

Tome 1 : Pacte Obscur
Tome 2 : Péché de sang
Tome 3 : Offrande de feu

 

Éditeur : Éditions du Chat Noir

 

Genres : Urban Fantasy

 

Prix : 19.90€ par tome ou pack des trois tomes à 30€
Grand format (~400 pages par tome)

 

Disponibilité ebook : oui.

 


 

Je suis flic, et à part une petite bizarrerie et un sérieux manque de sex-appeal dont je me passerais bien, ma vie est plutôt sympa. Mais un soir tout vole en éclat. Traquée par des types bizarres, je me retrouve baby-sittée par mon nouveau boss, un type beau à tomber aux instincts meurtriers peu rassurants, qui semble éprouver à mon égard une allergie aussi violente qu’inexplicable. Alors, telle Alice, je plonge dans le terrier du lapin blanc ; sauf que, dans mon cas, la curiosité n’y est pour rien : mon imbuvable garde du corps m’y a poussée. Bien décidée à retrouver ma vie et les miens, je rue dans les brancards, mais les échos d’une prophétie plus vieille que le monde pourraient bien finir par me rattraper et m’en empêcher. Je vais tout faire pour me sortir de ce guêpier, même si, je dois bien l’admettre, il y a quelques compensations : des beaux mecs comme s’il en pleuvait. Et dire que je me plaignais que mon carnet de bal était vide…

Pièce maîtresse d’une lutte de pouvoir immémoriale, entraînée au cœur d’un tourbillon de violence et de sang, Jana découvre peu à peu que tout ce qu’elle croyait savoir n’est qu’un leurre, et que la frontière entre les bons et les méchants n’est peut-être pas aussi tranchée que ce qu’en disent les traditions millénaires.

 


 

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Attention, cette chronique est assassine et bourrée de spoilers.
Si tu es l’autrice, ne lis pas. Vraiment, ne lis pas.

 

Si je devais résumer toute cette série en une phrase, ce serait celle-ci : C’est l’histoire d’une meuf, qui n’auras jamais été capable de prendre la moindre décision par elle-même. Mais littéralement J A M A I S.

Le premier tome nous plonge dans un univers d’Urban Fantasy, au demeurant assez classique, pour ne pas dire carrément bourré des pires clichés du genre. Jana, une femme flic, est attaquée par une meute de loups-garous. Ses fesses sont sauvées par son chef fraichement débarqué dans le service, un odieux connard super sexy, qui va la trainer à l’autre bout du monde, sans qu’elle ne se pose jamais la moindre question sur le pourquoi ni sur ses intentions.

Voilà, déjà, dans ce résumé, on peut déjà voir émerger les principaux problèmes : Jana est passive, elle subit tout de bout en bout. Et, bien qu’elle soit flic, elle est incapable de réfléchir, d’analyser ce qu’il se passe autour d’elle, d’en tirer des conclusions. Elle se fait trainer de bout en bout du récit, et ça c’est juste insupportable. La seule fois où elle prend une décision, à savoir lorsqu’elle décide de profiter d’un moment d’inattention de Kell pour s’enfuir (se disant que finalement, peut-être qu’il n’a pas que de bonnes intentions, whaou, le scoop !), elle revient trèèèèès vite auprès de lui car incapable de se défendre contre la menace des loups-garous. Bref, scénaristiquement, cette scène n’avait d’intérêt que pour lui faire accepter la présence de Kell, en mode « peste ou choléra, fait ton choix, ma fille ». (Il s’est entendu, mon facepalm mental, là ?)

A côté de ces défauts majeurs, d’autres problèmes mineurs mais tout de même importants émergent :

Certains éléments arrivent comme un cheveux sur la soupe pour servir l’intrigue et sont exploités de manière catastrophique. L’exemple qui m’a fait le plus grincer des dents : la famille humaine de l’héroïne. Ses parents meurent, tués par les loups-garous. C’est son frangin qui, dévasté, le lui annonce au téléphone.
Il me semble que dans pareille situation, n’importe aurait un mot pour le frère, s’inquièterait, demanderait s’il tient le coup, non ? Apparemment non… Jana le laisse littéralement EN PLAN au téléphone et pars s’effondrer dans les bras de Kell. Et puis, comme elle est particulièrement dévastée, vous comprenez, ils vont baiser comme des sauvages dans cette église, ce qui aura, BIEN SÛR, une incidence sur la suite. (à ce stade, j’ai un trou dans le front à force de facepalm, mais on en est encore qu’à la moitié du T1…)

Je ne compte plus le nombre de Deus ex machina dans ce premier tome comme dans les deux autres. Un de temps en temps pourquoi pas, mais là c’est. Tout. Le. Temps. Et c’est insupportable.
Allô Meyron, tu peux venir, stp, y a besoin de toi pour décoincer la situation ???

 Ce récit dégueule d’un sexisme crasse. En plus d’être incapable de se défendre par elle-même, l’héroïne est réduite à l’état de chaudasse en manque de sexe qui n’a jamais eu d’orgasme et qui va enfin en connaitre un grâce à son Odieux connard super sexy. Bon, vous allez me dire, c’est son corps, après tout, elle en fait ce qu’elle veut. Le problème c’est l’ensemble : le contexte, les persos, tout.
Au milieu de ce marasme sexiste, j’ai eu une vraie lueur d’espoir à un moment, lorsqu’elle s’envoie en l’air avec son Odieux connard super sexy : ce dernier demande son consentement à l’acte. Et puis, l’héroïne tique à cette demande, et va, bien plus tard, qualifier cette demande de, (je cite mot pour mot) : « déviance narcissique ». B O R D E L. Demander et exprimer son consentement, c’est juste un peu LA BASE !

A côté du sexisme, on voit émerger dans ce premier tome des prémices de transphobie lorsque l’héroïne apprend qu’elle est née avec un sexe biologique masculin et qu’elle sort, OKLM que si tant de filles se pâmaient devant elle, c’est qu’elles avaient dû le sentir.
Ça. Ne. Fonctionne. Pas. Comme. Ça.
NOPE !

Bref, en résumé, ce premier est, à mes yeux, un très bon cas d’école de tout ce qu’il ne faut pas faire quand on veut de bons personnages et une bonne histoire. J’aurais sans doute mieux fait de m’arrêter là dans ma lecture, mais manque de bol, comme cette trilogie n’avait que de bonnes critiques et que j’avais toute confiance dans la maison d’édition qui l’a publié, j’avais acheté les trois tomes d’un coup. Du coup, je me suis dit, foutu pour foutu, autant poursuivre la torture…

Le second tome est sans doute le moins pire des trois. Il est mieux construit, l’héroïne semble avoir enfin fait l’acquisition d’un cerveau (en rodage, elle ne le maitrise pas encore totalement, mais ça va mieux), et elle commence à agir. Le problème de ce tome, à mon sens : le personnage de Trysten, qui est clairement transphobe et cette transphobie n’est jamais questionnée, encore moins remise en cause.

Et puis, le troisième tome… Pas aussi mauvais que le premier, mais clairement décevant. Pour commencer, l’intrigue tient en 200 pages là où les deux premier tomes faisaient chacun autour de 400 pages. Or, pour ce tome 3, 400 pages n’auraient pas été de trop : les scènes ressemblent à des résumés dépourvu de toute tension, elles sont collées les unes aux autres sans véritable transition, tout ça pour mener à un final complètement bâclé. J’ai vraiment eu le sentiment qu’avec ce tome 3, l’autrice en avait marre de son propre récit et a voulu s’en débarrasser le plus vite possible en prenant son synopsis et en l’étoffant un peu pour en faire ce roman.

Un point qui m’a beaucoup dérangé dans cet ultime récit, déjà présent dans les tomes précédant, mais qui trouve ici son apogée : l’héroïne est amoureuse de quatre mecs, ce qui aurait été une belle occasion d’aborder la question du polyamour, un sujet auquel je m’intéresse de près. Mais là encore, comme pour le consentement à l’acte sexuel, comme pour le personnage transphobe de Trysten, on loupe la marche et on se casse la gueule.
Le fait d’être amoureux de plusieurs personnes en même temps, est présenté comme quelque chose d’impossible, d’anormal, de mauvais. Médaille spéciale pour le passage où l’héroïne affirme qu’un amour chasse automatiquement l’autre et que ceux qui sont en couple avec un amant/une maitresse ne peuvent pas aimer les deux ne même temps. Meuf, si je t’avais en face de moi, je t’aurais fait un énorme doigt d’honneur.

Je parlais au début de cette chronique du fait que l’héroïne n’aura jamais été capable de prendre la moindre décision par elle-même. On commençait fort dans le premier tome avec le fait qu’elle se fait trainer de main en main comme un sac de patate, d’abord sous la coupe de son Odieux connard, puis de sa famille angélique. Elle apprend à ce moment là qu’elle est l’élue d’une prophétie, raison pour laquelle tout le monde veut mettre la main sur elle.
Le hic c’est qu’en terme d’écriture, opter pour la prophétie, c’est se garantir presque à coup sûr un bon cassage de gueule en terme de liberté de choix pour les personnages. Et là, inévitablement, on n’y coupe pas : au moment du soit-disant choix-final, l’autrice s’incruste dans la narration pour nous expliquer que tout ça c’était un récit initiatique, que tous les éléments mis en place devaient mener à ce moment, blablabla. L’aspect récit initiatique, on repassera, l’évolution de l’héroïne étant largement discutable. Et « le choix » n’est absolument pas un choix libre et éclairé – bref, pas un choix tout court : l’intervention d’un énième Deus ex machina va faire pencher la balance en faveur du sacrifice. Il n’était pas envisageable, même pas une seule milliseconde qu’elle puisse ne pas se sacrifier.

En résumé

Vous l’aurez compris, de bout en bout, je n’aurais pas aimé ce récit. L’histoire en elle-même n’est pas forcément mauvaise, mais il y a beaucoup trop d’éléments qui font que l’ensemble se casse complètement la gueule. Le tome 1 aurait mérité une réécriture complète afin de poser des bases saines pour la suite. Et cette histoire de prophétie aurait mérité d’être davantage réfléchie en amont afin de tomber dans l’écueil du choix-qui-n’est-pas-un-choix.

Je ne conseillerai cette lecture que dans un seul cas : si vous êtes un jeune auteur et que vous voulez vous entrainer à repérer les problèmes dans un récit, à tenter d’analyser les mécanismes qui font que ça ne fonctionnent pas et à réfléchir sur comment les résoudre.

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